Ces dollars qui aiment la culture

Le don a toujours été une préoccupation sociale; l’esprit qui l’anime est universel. Les avantages des dons de charité sont multiples. Ils permettent notamment d’aider les gens dans le besoin et procurent la satisfaction de soutenir les causes qui tiennent le donateur à cœur.

La collecte de fonds privés est identifiée comme un des principaux enjeux des années à venir tant chez les organismes culturels que chez les organismes de bienfaisance. Cela s’illustre de manière plus urgente dans un contexte où les autres sources de financement sont en mutation.

Dans Les Canadiens apprécient les compagnies qui appuient les arts, les entreprises et le grand public croient fermement (plus de 80%) que les arts contribuent à améliorer la créativité, qu’ils ont un impact positif sur la santé et le bien-être et améliorent le rendement académique des enfants. On considère que les arts forgent des communautés plus intégrées et plus saines, qu’ils développent l’empathie et la compréhension et aident les enfants de communautés défavorisées à réussir.

Philanthropie culturelleNouveaux paradigmes dans la collecte de fonds

Mais qu’en sera-t-il des donateurs au cours des prochaines années? L’évolution du don : de la charité à la philanthropie, affirmait que « Les baby-boomers, qui représentent près d’un Canadien sur trois, pourraient être la génération phare du changement social, provoquant la transition d’une nation de généreux donateurs vers une nation de philanthropes engagés et tournés vers le long terme. » À l’évidence, la population vieillit, et l’on assiste à un transfert générationnel qui influence les tendances en philanthropie.

Certaines causes sont plus populaires que d’autres dans le cœur des donateurs. L’étude sur Letendances en philanthropie nous en apprend davantage sur les différentes générations et leur comportement: Les Y (nés entre 1981-1995) contribuent en moyenne à 2,3 organismes et participent à des activités à caractère défi (marches, trek), tout en étant plus sensibles à l’international. Les X (nés après 1965) privilégient le secteur des sports et loisirs et soutiennent le plus les gens localement. Les baby-boomers effectuent pour leur part, un don moyen de 299 $ au Québec et 564 $ au Canada. Les personnes nées avant 1945 font un don moyen de 405 $, contribuent en moyenne à 3,8 organismes, privilégient le secteur de la religion, font du bénévolat et aident les gens localement.

Quant aux entreprises, de plus en plus sollicitées, elles cherchent à définir davantage leurs secteurs d’intervention et s’assurer des retombées positives sur leur image de marque. La recherche les Canadiens apprécient les compagnies qui appuient les arts dévoilait que seulement 13% des dons des entreprises dont les recettes excèdent 25M$ est dirigé vers les arts contre 25% chez les PME. On apprenait également que plus d’une PME sur trois (38%) donne aux arts contre 71% chez les plus grandes entreprises. Depuis 2008, la contribution moyenne des entreprises a augmenté pour se chiffrer en 2014 à 69 000 $ par organisme. 57% de l’ensemble des contributions se fait en commandites, 30% en produits et services et 13% sous forme de dons. Fait à relever, plus d’une entreprise sur deux qui n’investit pas dans les arts dit ne jamais avoir été sollicitée.

Le levier de l’économie collaborative en culture

Nous savons maintenant que l’économie québécoise est stimulée par la culture qui emploie plus de 150,000 travailleurs générant plus de 5 milliards, soit 5 % du PIB du Québec.

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Diagnostic de la dynamique culturelle de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Réalisation ArtExpert, 2014

La particularité de l’économie de la culture tient au fait qu’il s’agit d’un effort collectif. Par exemple dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal à Montréal, une véritable économie collaborative s’est installée alors que 60% des partenariats de création, production et diffusion sont conclus entre organismes culturels ou communautaires, révèle le Diagnostic culturel qu’a réalisé ArtExpert.

Contribuer à la culture autrement permet de renouer avec l’idée toute simple que «l’union fait la force ». L’économie collaborative c’est l’économie du partage : d’idées, de ressources, de savoirs, mais également son espace de travail, sa salle de montage ou même son véhicule! Dans son ouvrage, Zoom sur l’économie collaborative, Charline Legrand nous dit que « De nature plus philosophique, nous observons une volonté de redonner du sens à ce que nous faisons. Cette quête de sens, caractéristique de la génération Y, se traduit en effet par l’importance qui est aujourd’hui accordée aux rapports humains (…) l’engouement provoqué par l’économie collaborative n’aurait effectivement pas pu avoir lieu sans la prise de conscience écologique qui a caractérisé les deux dernières décennies ».

dollars_culturelsLa culture, un projet économique et social pour les Y

Dans les grands centres urbains comme dans les zones rurales, on voit poindre des jeunes qui s’impliquent dans des projets économiques, sociaux ou culturels de leur communauté.

À Montréal, un nouveau mouvement se dessine grâce à la relève d’affaires qui s’investit auprès des organismes culturels montréalais. Sébastien Barangé, cofondateur de Jeunes mécènes pour les arts écrivait dans LaPresse+ le 14 septembre dernier «… l’organisme Jeunes mécènes pour les arts remettra en novembre 20 000 $ en bourses à des artistes de la relève. De plus, à l’initiative de la Brigade Arts Affaires de Montréal, 100 membres de la relève d’affaires offriront une œuvre d’art public d’une valeur de 100 000 $ aux Montréalais pour le 375e anniversaire de la ville. » Par ailleurs, dans La culture à Montréal: chiffres, tendances et pratiques innovantes, KPMG-SECOR affirmait qu’à Montréal, on a vu les organismes augmenter significativement entre 2008 et 2013, la part relative du financement privé sur leurs revenus totaux, de 50 % à 66 %.

Hors des grands centres urbains, en dépit d’une population peu nombreuse, c’est en partenariat avec de petits commerçants, de plus petits mécènes et grâce à la contribution du citoyen que les organismes peuvent augmenter significativement la part de leurs revenus privés sur leurs revenus totaux.

Les jeunes de tous horizons investissent maintenant en culture grâce au financement participatif. Technique de collecte de fonds sous la forme d’un appel à tous, le sociofinancement « met à profit les communautés engagées autour d’un projet en demandant des contributions minimes (5$, 10$, 25$, 50$) pour financer un projet » nous dit Nathalie Courville de KissKissBankBank. Ces philanthropes mettent à la disposition d’organismes, leur immense réseau, leur expertise et leur argent.

Dans un contexte où les sources de financement sont en mutation, les organismes ressentent plus que jamais l’urgence de mettre en place un plan visant à pérenniser leurs actions. Les conseils des arts aidant, une sophistication des méthodes faisant appel à des outils spécifiques s’implante de plus en plus au Canada. La philanthropie culturelle est plus que jamais indispensable au fonctionnement de la sphère artistique.

 

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Commentaires ( 6 )
  • Caroline Bergeron says:

    Mme Poulin!

    Blogue pertinent. Vous renvoyez à d’excellentes sources d’information et de données (que j’utilise moi-même pour mes cours).

    Le domaine des arts pourrait être plus «agressif» pour se positionner auprès des philanthropes car il a exactement à offrir ce que le marché des philanthropes veut. Ensembles, ils créeraient «la valeur» que chacun recherche pour des raisons et des démarches différentes.

    J’aimerais beaucoup en parler avec vous un jour.

    Caroline Bergeron,
    Responsable du Certificat en gestion philanthropique à l’UdeM et chargée de cours

    • Louise Poulin says:

      Bonjour Caroline, Vous avez tout à fait raison. La philanthropie est abondamment transversale, plus qu’on le croirait. La culture gagnerait largement en cotoyant les multiples secteurs dans lesquels s’est installée la philanthropie. Au plaisir d’en discuter.

    • Guy-Anne Massicotte says:

      Vraiment très intéressante réflexion. Mme Bergeron, je vous suit à 100%…
      Récemment, plusieurs artistes professionnels de Sherbrooke ont refusé de faire don à 100% de leurs oeuvres à la Société Alzheimer qui, exceptionnellement cette année, n’offrait pas le choix du partage de la vente 60%SAE-40%Artiste. Ils nous ont solicités par téléphone individuellement, sans faire d’appel de dossier. Le partage des ventes habituel ne couvre pas toujours les dépenses relatives à l’exécution de l’oeuvre et un don à 100% d’une oeuvre de 2000$ de valeur représente pour l’artiste un manque à gagner d’au moins 1000$… Et, du point de vue du marché de l’art, il est absurde et très dommageable d’accorder la valeur zéro comme point de départ… Malheureusement pour les organisateurs d’encans d’art caritatifs, la « valeur » des oeuvres est indépendante de la cause. L’idéal serait que les contributeurs à ces causes achètent les oeuvres aux artistes puis les donnent ensuite aux encans en échange d’un reçu pour l’impôt.

  • Veronique Tremblay says:

    Bravo Louise pour ce texte intéressant et qui fait bien le tour de la question. La philanthropie est certainement une meilleure solution de financement que les subventions qui se raréfient. Il y a, dans les services de gestion de fortunes des banques, des dons potentiels à aller chercher grâce au don planifié.
    Mais il faut que le financement philanthropique facilite l’accès à l’art si l’on veut qu’elle crée un impact bénéfique significatif surla créativité et la santé de notre société.

  • Myriam Reiss-de Palma says:

    Merci pour cet instructif article pour la construction d’une économie solidaire et collaborative. Un concept très pertinent pour le domaine de la culture. Un bel exemple entrepreneuriat en recherche de fonds diversifiés notamment philanthropique en vue vue d’un projet communautaire et social: « L’église : espaces d’initiatives » est un projet citoyen de réfection et de transformation de l’Église Saint-Charles de Limoilou.
    Longue description
    « L’église : espaces d’initiatives » émerge d’une initiative de résidents et de résidentes de Limoilou sensibles à la réalité de leur quartier, et désireux de donner un deuxième souffle à l’église Saint-Charles.

    Deux objectifs nous animent et orientent le projet:

    1. Conserver et mettre en valeur l’église Saint-Charles et l’histoire du quartier

    Soucieux de l’avenir de l’église Saint-Charles, fermée depuis 2012, nous désirons conserver et mettre en valeur l’histoire qu’elle offre en témoignage. Nous y voyons la possibilité de raviver l’histoire de l’église, témoin phare du quartier, tout en lui donnant un rôle actif dans le présent. Sa conversion en coopérative d’espaces permettra une réactualisation du patrimoine matériel et immatériel de l’église, tout comme de sa vocation sociale et communautaire. De plus, ce projet pilote participera à la revalorisation du boulevard des Capucins et au dynamisme du secteur du Vieux-Limoilou.

    Première église construite dans le secteur du Vieux-Limoilou, l’église Saint-Charles fait partie de son paysage architectural, sonore, historique et communautaire. Suite à l’incendie des deux premiers bâtiments, à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, les Capucins entreprennent la construction de l’église actuelle en 1918. Installé de façon permanente au Canada depuis 1890, l’Ordre des Frères Mineurs Capucins jouait ainsi, dès le tournant du 20e siècle, un rôle majeur dans l’évolution de la vie communautaire et paroissiale de Limoilou.

    Par ailleurs, l’église Saint-Charles est, à plusieurs égards, exceptionnelle au niveau patrimonial et architectural. Le maître-autel est surplombé d’un décor peint réalisé selon les plans de Guido Nincheri. Seuls trois exemples de ces fresques exceptionnelles existent au Québec, notamment à l’Oratoire Saint-Joseph . Le maître-autel, la chaire et la balustrade ont été fabriqués à Chicago et sont l’œuvre de la Maison Daprato, compagnie américaine spécialisée dans la statuaire religieuse . Les autels latéraux ont été réalisés par les ateliers Monna et Cie. Enfin, les vitraux, parfaitement conservés, ont été réalisés par la maison Fisher et Leonard. Le patrimoine matériel exceptionnel de l’église, bien qu’il représente des défis en termes de conservation et de préservation, justifie ainsi la mise sur pied d’un projet modèle de conversion privilégiant la mise en valeur de son patrimoine unique et de son histoire.

    2. Développer un laboratoire d’innovations sociales et culturelles

    Exemple de mixité urbaine et de densification respectueuse, le quartier Limoilou est habité et façonné par une diversité de résidents et de résidentes: jeunes familles, étudiants et étudiantes, travailleurs et travailleuses autonomes, personnes âgées, jeunes professionnels, artistes, etc. Dans les dernières années, des initiatives sociales et communautaires ont contribué à son effervescence. Ce projet de conversion de l’église en coopérative d’espaces multifonctionnels et multi-usagers s’inscrit dans le même mouvement.

    Afin de poursuivre le rôle social qu’a joué l’église depuis le début du 20e siècle, nous souhaitons répondre aux besoins actuels des gens du quartier, tant sur le plan social que culturel, et créer un lieu d’expérimentations; un lieu où les initiatives, l’audace et la créativité sont les bienvenues.

    Actuellement, les initiateurs du projet sont Marc-Antoine Barré, Marie-Laurence Beaumier, Édouard-Julien Blanchet et Carolyne Bolduc.
    Mission
    L’objectif visé par ce projet pilote est la conversion du bâtiment en coopérative d’espaces collectifs et multifonctionnels au service des citoyens et des citoyennes, ainsi que des organismes communautaires et culturels du quartier et plus largement de Québec.

  • Roger Gaudet says:

    Merci pour ce blogue Louise!

    J’ai beaucoup apprécié!

    Voici quelques réflexions : Bien que les baby-boomers aient ouvert le bal en ce qui concerne le financement privé, la suite n’est pas évidente chez les Y et les plus jeunes (les « milléniales »). Pour les baby-boomers, l’investissement du privé dans le secteur artistique était une valeur en soi, une lutte à gagner, un avenir à bâtir. Pour les plus jeunes qui sont (comme Charline Legrand le dit très justement) en « quête de sens » l’investissement privé doit se faire en accord avec leurs valeurs profondes sur lesquelles ils peuvent être très tranchants.

    L’exemple qui me vient à l’idée c’est le cas de la directrice d’un centre de création et de diffusion à Vancouver qui a dit, lors d’un forum sur la question : « Si j’accepte une commandite de Enbridge, tous mes employés en bas de trente ans vont remettre leur démission! » Je ne veux pas suggérer que les baby-boomers n’ont pas de valeurs semblables (on se souvient tous des polémiques entourant les commandites de DuMaurier vers la fin des années ’80 et bien d’autres en cours de route), mais que les Y et les plus jeunes sont plus au courant des liens entre les choses. Ayant grandi dans un monde de « think globally, act locally » et du « battement de l’aile du papillon… » amené par le mouvement environnemental, ils appliquent ces principes à l’ensemble de leurs activités, et ils sont bien capables de refuser la généreuse commandite d’un multinationale liée à des accusations de pratiques inacceptables, et de se tournée vers une levée de fonds locale (je pense ici au boycott de la Biennale de Sydney par exemple).

    Donc dans ce contexte il est possible que les commandites de petites entreprises locales augmentent dans les prochaines années à un rythme plus accéléré que ceux des grandes entreprises. Si c’est ce qui s’en vient, il serait intéressant de développer ou de mettre à jour des outils pour les organismes artistiques (trousse/séminaire en ligne « développer la commandite locale » ou « financement participatif 101 ») et des arguments pour les entreprises (trousse/séminaire en ligne « investir dans sa communauté c’est payant ») afin de facilité la croissance et d’éviter des crises – surtout chez les jeunes organismes artistiques.

    Roger

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